Voici une base sérieuse de réflexion faisant suite à l'article « le bien, le mal, où en sommes nous ? »
INTRODUCTION.
Une précision de vocabulaire :
Le mal que l'on subit : la souffrance
Le mal que l'on fait : la faute, le péché.
I. L'exemple de la démarche scientifique
Les exemples de Alain Bombard, le Kon Tiki, Bernard Palissy, Christophe Colomb, Les scientifiques partent toujours non pas du problème, mais d'une intuition, d'une hypothèse et cherchent jusqu'à preuve du contraire ou jusqu'à la joie de découvrir combien cette idée rend merveilleusement compte de la donnée du problème.
Condition pour trouver : le chercheur doit progresser avec humilité et accepter aussi de donner de lui-même. Concrètement : dire non pas La souffrance existe donc Dieu n'existe pas mais DIEU EXISTE. Alors, quelle réponse donne-t-il à la souffrance ?
II. Au bout de la recherche :
1. Pas d'explication mais une Réponse qui est une Personne.
2. Pas d'explication théorique mais une Thérapeutique.
3. Un Mystère bien plus grand que le Mystère du mal : le Mystère du Bien.
4. Dieu n'est pas un Jupiter Tout-Puissant, mais un Père Tout-Puissant. Il est le Tout-Autre et le Tout-Nôtre. Il s'appelle Miséricorde.
5. Nous nous découvrons surtout capables du mal : il y a en moi ce pouvoir de blesser, de détruire plus ou moins volontairement. Alors la vraie question surgit :
I Y a - t-il un Sauveur pour me libérer de ce pouvoir du mal ?
1 . Jésus a donc pleuré devant le tombeau de Lazare
1. Ce mystère du mal, on ne peut l'aborder qu'avec Jésus ; sinon, c'est insupportable. Il faut toujours partir de Jésus pour parler du mal. Au bout de la réflexion sur le mal, il n'y a pas une solution au sens mathématique mais une Personne. Or, les évangiles nous apprennent que Jésus a pleuré trois fois. Que Jésus ait pleuré, c'est déjà très émouvant. On devine que c'est aussi très instructif. Car ce sont les larmes de Dieu le Fils
(Jn 11,35)
C'est Dieu qui pleure devant la mort. Cela signifie que ce n'est pas lui qui l'a voulue. Dieu n'a pas créé la mort. Du moins la mort telle que nous la connaît. Elle est la conséquence du péché. Si nous n'avions pas péché, la mort aurait été un Passage attendu, heureux, vraiment un accomplissement de la vie sur terre. D'ailleurs, la façon dont les saints la vivent nous aide à comprendre ce qu'elle devrait être. Saint François d'Assise l'appelle Ma s ur . Saint Jean-François Régis meurt en confiant au frère Bideau : Ah, mon frère, je vois Notre-Seigneur et Notre-Dame qui m'ouvrent le Paradis. Madeleine Delbrêl a écrit que La mort est une explosion dans l'Amour. Mais ce jour-là Jésus pleure parce que la mort lui apparaît dans toute son horreur : à cause du péché, elle est devenue séparation et elle symbolise le risque réel de se séparer à jamais de Dieu.
2 . Jésus a pleuré aussi devant Jérusalem
Saint Luc (Lc 19,41) nous raconte qu'un jour, quand il fut proche de la ville, il pleura sur elle, en disant : Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non ! Oui, des jours viendront sur toi où tes ennemis t'environneront de retranchements, t'investiront, te presseront de toute part. Ils t'écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps où tu étais visitée ! . Quand on va en Terre Sainte, on peut s'arrêter à l'endroit même où Jésus a pleuré ; on y a construit une magnifique petite église en forme de larme. Et derrière une grande baie vitrée on peut contempler la Splendeur de Jéru-Salem (= La Ville de la Paix) qui hélas n'a pas porté longtemps son nom, au cours de l'histoire
Elle symbolise bien l'humanité dont le coeur est fermé à triple tour par les trois grands péchés fondamentaux :
L'orgueil
(le désir de se débrouiller tout seul, de ne dépendre de personne ; et l'orgueil va très bien avec la jalousie )
L'égoïsme
Et
le mensonge.
Les larmes de Jésus sur Jérusalem nous révèlent donc où se situe la racine du mal. En effet, quand on est malade physiquement, on s'en rend compte.
Quand on est malade moralement ou psychologiquement on essaie de lutter contre les causes. Mais souvent l'homme ne sait pas que son c ur, que son âme, est malade, d'une maladie qui s'appelle le péché. Autrement plus grave !
3 . La troisième fois que Jésus pleure, c'est à Gethsémani
Dans la tristesse et l'angoisse, il dit : Père, si c'est possible, que cette coupe s'éloigne de moi
Que se passe-t-il alors ? Jésus se substitue aux pécheurs. Il prend sur lui tout le péché du monde. Il se présente devant le Père comme seul respon-sable de toute l'humanité. Et il va, en tant que revêtu du péché du monde contempler ce que nous appelons en termes bibliques, la colère de Dieu. Qu'est-ce-que la colère de Dieu ? Ce n'est pas ce qu'on pense.
La colère de Dieu, selon l'Ecriture, c'est l'amour trois fois saint qui se manifeste à l'homme tel qu'il a été bafoué.
Et c'est terrible. Saint Dominique pleurait en prêchant : L'amour n'est pas aimé, l'amour n'est pas aimé . Dieu est amour qui n'est que pureté, qui n'est que don, qui est parfait, qui ne doit rien à personne et qui pourtant surabonde, qui donne tout, qui ne rejette personne et qui est pourtant rejeté. Jésus à Gethsémani contemple la colère du Père : il prend sur lui la vision que tous les hommes auraient eue s'ils n'avaient pas été sauvés par Jésus. Nous étions tous, comme dit saint Paul, fils de la colère. Nous étions tous voués à contempler l'amour trois fois saint tel qu'il a été bafoué par le péché de l'homme. Et cette vision est atroce. Prenons une comparaison : Un enfant a menti à sa maman. Une maman qui est très aimante ne va pas lui demander s'il a menti car alors il ajouterait un second mensonge au premier. (Oh non, je n'ai pas menti ! ). Une maman qui est véritable éducatrice va appeler son enfant, elle va le faire asseoir en face d'elle. Elle va lui prendre les mains et lui demander : Pierre, regarde-moi dans les yeux Et l'enfant ne pourra pas la regarder dans les yeux parce qu'en regardant maman dans les yeux, il contemple l'amour qu'il a bafoué par son mensonge ; et c'est insup-portable. Alors il va avoir ce regard très penaud que les mamans connaissent bien : Ah, tu as menti, eh bien tu vas demander pardon
Un mari qui a trompé son épouse, une épouse qui a trompé son mari ne peut absolument pas regarder son conjoint dans les yeux, parce qu'il contemple dans les yeux de l'autre l'amour trahi ; et c'est quelque chose de terrible.
A Gethsémani, Jésus a contemplé l'amour surabondant du Père bafoué par l'homme. C'est cela la souffrance de l'Homme-Dieu. Les larmes de sang que Jésus verse à Gethsémani, c'est l'expression à travers son corps, de la souffrance atroce qui brise son âme. Et cette souffrance a été offerte pour la rédemption du monde. Cette souffrance provoque en lui un élan d'amour vers le Père qui glorifie le Père et en même temps sauve les hommes. Père pardonne-leur. C'est très important de se souvenir de cela, car si on est accablé par son péché, il faut vite appeler Jésus et laisser Jésus le porter en nous. Il l'a pris sur lui. Encore faut-il le lui donner effectivement.
II. Ce que Jésus nous a appris.
1 . Une bombe dans l'histoire de l'humanité : Jésus nous apprend que le plus grand mal vient du coeur de l'homme !
Mt 12, 34 (ou Lc 6,45) : Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage alors que vous êtes mauvais ? Car c'est du trop-plein du coeur que la bouche parle. L'homme bon de son trésor tire de bonnes choses ; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tirent de mauvaises.
Lc 21, 34 : Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos coeurs ne s'appesantissent dans la débauche, l'ivrognerie, les soucis de la vie,
Mt 15,19 : C'est du coeur en effet que procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme.
Mt 15,8 : Ce peuple m'honore des lèvres mais son coeur est loin de moi
2 . Appels et grâces. Dieu peut agir directement mais le plus souvent, il agit par les hommes. D'où la nécessité, en situation de malheur personnel, de détresse, de souffrance, de se poser deux questions :
1. Quelles sont les GRACES qu'il m'envoie ?
Cf. Jn 9, 1-3 : En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ni lui, ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu.
La parabole des zodiaques.
RCF. L'ASSURANCE (version des zodiaques. Dieu vient dans le quotidien, la simplicité. Ne manquons pas son passage)
Il était une fois un brave homme du nom de Romoletto. Il habitait une petite villa au bord du Tibre. Un matin de printemps, Romoletto vit que l'eau du fleuve léchait la porte d'entrée. Il avait beaucoup plu et le Tigre était gonflé d'une eau jaune et menaçante.
Les messages radio se succédaient, effrayants : " Tous ceux qui habitent sur les bords du Tibre doivent quitter leurs habitations ; bientôt le fleuve sera en crue. "
Romoletto était pieux et avait foi en Dieu. Il s'agenouilla et se mit à prier : " Seigneur, sauve-moi ! "
Une voix venant du ciel lui répondit : " N'aie pas peur, Romoletto ! Je pense à toi ! " C'était la voix du Seigneur.
Rempli de joie, Romoletto se releva et reprit ses occupations quotidiennes comme si de rien n'était. A onze heures, l'eau du fleuve lui arriva jusqu'aux épaules et Romoletto se réfugia à l'étage supérieur. Une chaloupe de pompiers passa. L'un d'eux le vit et cria : " Vite, viens avec nous ! Il est dangereux de rester ! " " Non ! J'ai une assurance supérieure ! " répondit Romoletto, en montrant le ciel.
A quinze heures, l'eau dépassait la hauteur du lit. Romoletto se réfugia au grenier. Une barque de la Protection Civile vint à passer et une voix cria : " Sors vite de là ! L'eau va encore monter ! "
Romoletto refusa obstinément : " J'ai un protecteur, moi ! ", fut sa seule réponse.
A dix-sept heures, l'eau avait dépassé les gouttières et Romoletto monta sur le toit. Un canot pneumatique de la Croix Rouge vint à la recherche des derniers habitants à évacuer. C'est en vain qu'on essaya d'embarquer Romoletto. Il s'agrippa à la cheminée comme un lierre à son arbre. Je n'ai pas besoin de vous. J'ai quelqu'un qui me sauve, moi ! "
L'eau montait toujours et à dix-huit heures moins dix Romoletto se noya. A peine arrivé au paradis. Romoletto se fâcha tout rouge. Il se présenta devant le Seigneur et protesta : " Tu as dit que tu penserais à moi ! et me voilà mort ! "
Le Seigneur le fixa de son regard plein de bonté : " Mais j'ai pensé à toi, Romoletto. Trois fois je t'ai envoyé une barque ! "
1.Quelles sont les APPELS qu'il me lance ?
Cf. Lc 13, 1-5 : En ce même temps, survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avaient mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit : Pensez-vous que pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous pareillement. Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même.
La parabole du message morse.
Une compagnie de navigation recherchait un opérateur radio. Les candidats à l'emploi étaient nombreux et attendaient dans une salle leur convocation devant le chef du personnel. Les conversations allaient bon train, émaillées de plaisanteries. Tout à coup, un jeune homme, qui paraissait indifférent à tout ce qui se disait, se leva d'un bond se précipita dans le bureau du chef. Il en sortit peu de temps après avec un large sourire : il était accepté comme opérateur radio. Les autres candidats n'avaient qu'à se retirer et c'est ce qu'ils firent, non sans maugréer : "Nous étions là avant lui. Pourquoi ne nous a-t-on pas reçus, nous ? - Messieurs, déclara le chef du personnel, un message a été transmis en morse dans la salle où vous vous trouviez. C'était celui-ci : "Le premier qui recevra ce message peut entrer directement dans mon bureau. C'est lui qui sera engagé. Nous avons besoin d'un homme qui soit toujours en alerte".
- Savons-nous reconnaître et accepter les zodiaques que Dieu nous envoie ?
- Savons-nous recevoir les appels qu'il nous lance ?
III. Des exemples
APPELS :
Michel Creton comédien : il a mis sa notoriété au service des handicapés parce qu'un jour en sortant de l'ascenseur il est tombé sur une femme qui pleurait à côté de son enfant handicapé. Une personne venait de lui dire : Madame quand on a des enfants comme ça, on les cache. Cette remarque l'a révolté.
Les chiffonniers d'Emmaüs de l'abbé Pierre ont commencé quand un bagnard revenant de Guyane vient le voir pour lui dire qu'il a décidé de se suicider. A son retour il a découvert que sa femme s'était remariée et qu'il n'a plus personne sur qui compter ; il n'a plus qu'à mettre fin à ses jours. L'abbé Pierre lui dit : Puisque tu ne sais plus quoi faire de ta vie, mets-la au service des plus pauvres. Aide-moi à les aider.
Mère Térésa a quitté sa congrégation où elle était une très bonne enseignante peu après qu'elle ait entendu le cri larmoyant d'un lépreux : J'ai soif
A Monistrol, René et France Delorme ont créé l' oeuvre OVIVE (Oeuvre de Valides et Inadaptés pour Vivre Ensemble) suite au fait que leur deuxième enfant Laurence est née trisomique.
GRACES :
Anthony Perkins, célèbre acteur de cinéma a rencontré Dieu parce qu'il a eu le SIDA. (extrait de PARIS-MATCH 24 septembre 1990) : Juste avant de mourir : l'acteur Anthony Perkins, atteint du sida, a publié une lettre ouverte : témoignage saisissant d'une maladie traversée dans la Foi : Il y a beaucoup de gens qui pensent que cette maladie est une vengeance de Dieu, mais moi je crois qu'elle a été envoyée pour nous apprendre comment nous aimer, nous comprendre et avoir de la compassion les uns pour les autres. J'ai plus appris sur l'amour, le désintéressement et la compréhension humaine grâce à ceux que j'ai rencontrés dans le monde du sida qu'avec ceux que j'ai côtoyés toute ma vie dans le monde de la compétition acharnée. Il allait à la messe le matin, précise Match . Mystère de la souffrance qui, acceptée, peut mettre chacun sur le chemin de la rédemption.
Tim Guénard, enfant battu, rejeté, vagabond, violé, ravagé par la vengeance qui lui faisait préparer le meurtre de son père a rencontré le bonheur en saisissant plusieurs perches : une femme juge d'instruction, un membre de l'Arche de Jean Vanier, l'amitié d'un jeune handicapé physique, le Père Thomas Philippe, et finalement sa femme, membre de l'Arche. Il accueille maintenant des jeunes marginaux et fait des conférences pour dire que Dieu est plus fort que la haine.
A Saint-Maurice-de-Lignon, Marie, veuve à 23 ans parce que Bernard est mort deux mois après leur mariage d'une rupture d'anévrisme, a non seulement tenu bon grâce à sa foi, mais elle a fondé un nouveau foyer. Son deuxième mari s'est converti. Ils ont trois enfants et forment une très belle famille.
A Bas en Basset, le mariage de Gilles et Véronique est repoussé parce qu'elle est atteinte d'une leucémie. On lui fait des rayons. On lui fait une greffe de moelle. Elle est guérie mais vu les traitements, pas question d'avoir des enfants. Ils se marient, adoptent deux enfants. Puis un jour, elle découvre qu'elle est enceinte. Ils sont chrétiens, pas question d'avorter. Mais ils veulent se préparer au handicap. Ils demandent donc une amiosynthèse. Cet examen ne révèle rien d'anormal. Un petit Timothée naît quelques mois plus tard, parfaitement normal. Ils vont encore adopter une petite trisomique et avoir un petit Philémon fait maison .
Raymond Devos a une physique très disgracieux. Au lieu de s'en lamenter il s'en sert pour faire rire, il utilise son côté monstre pour amuser. N'en est-il pas de même pour Fernandel, Coluche ? Ils ont cultivé leur don d'humour.
Denise Legrix née sans jambe et sans main a peint, brodé, fait des conférences admirables. Elle s'est appuyée sur sa foi chrétienne pour dépasser son handicap et semer beaucoup d'espérance.
Jacques Lebreton perd ses yeux et ses mains à la bataille d'El Alamein à 18 ans. Après la révolte, dans sa nuit, il rencontre Dieu qui lui donnera la force de se marier, d'élever cinq enfants et de devenir diacre de l'Eglise Catholique.
Michel Delpech : En 1976, au sommet de sa gloire sombre dans une profonde dépression. Plusieurs perches vont se tendre vers lui : le vague souvenir du catéchisme de son enfance sur la puissance de la croix, les moines de l'abbaye de St Wandrille, une chrétienne qui deviendra sa femme et enfin un pèlerinage en Terre Sainte qui le purifiera de toutes ses années d'errance et lui donnera celui qui est désormais son compagnon de tous les instants : Jésus.
Thérèse Martin ne serait pas devenue sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Ste Face si elle n'avait pas eu toutes ces blessures durant son enfance (mort de sa maman, entrées au couvent successives de ses soeurs qui la remplaçaient).
Soit on s'enferme dans la révolte, la rancoeur, l'amertume, la jalousie, l'accusation stérile. Soit on recherche les grâces et les appels, les aides et les signes de Dieu. Soit on s'aigrit, soit on s'appuie sur Le Seigneur. La difficulté devient soit un alibi pour se défiler, soit un défi à relever. L'épreuve devient soit une trappe pour nous engloutir, soit un tremplin pour nous propulser plus haut dans l'Amour.
Suivre Jésus et sa croix, ce n'est pas mettre des boulets à ses pieds mais des ailes à son coeur. Marthe Robin
Nous risquons de nous embuller , de nous enkyster dans un souci comme dans une gangue. Dans ce cas, Le Seigneur ne peut plus nous atteindre.
Une des grandes révélations de nos vies, c'est de découvrir que nos fragilités sont des atouts, nos faiblesses peuvent être des qualités, nos blessures peuvent être des brèches pour laisser passer la lumière.
Je ne sais pas parler j'ai une bonne qualité d'écoute ;
Je ne suis pas assez dynamique, je suis trop effacé mon être diffuse naturellement la paix ;
Je suis timide, maladroit je sais être délicat, respectueux. Le fait de rougir m'attire la sympathie ;
Je suis de constitution fragile je comprends donc plus facilement la personne âgée, diminuée, le malade, la personne avec un handicap. Je me mets facilement à leur portée, je sais m'accorder à leur rythme.
Il n'y a pas d'explication au problème du mal mais une réponse en chair et en os, une solution qui tient dans une Personne : Jésus.
Observons son exemple : Sur la croix
il accueille l'aide du Père. Il demeure les yeux fixés sur lui et lui parle sans cesse.
L'aide du Père c'est aussi la présence de sa mère, de son disciple bien-aimé ; de quelques-unes de ses disciples.
Il répond à ses appels : -- il pardonne à ses bourreaux ; -- il réconforte le bon larron ; -- il livre son corps et verse son sang pour la multitude ; -- il donne sa mère à son Eglise en embryon (en la personne de saint Jean) ; -- il dit sa soif d'être aimé par tous ; -- il dit sa soif d'aimer.
La réponse du Père ne tardera pas : -- la confession de foi du centurion romain ; -- la résurrection ; -- les conversions, l'essor de l'Eglise.
Contemplons comment la Vierge Marie, elle aussi, a vécu dans cet esprit.
* à l'Annonciation :
- elle entend l'appel (en demandant des précisions à l'ange), elle répond oui ; elle part aider sa cousine et sanctifier Jean Baptiste ;
- elle se met sous l'ombre de l'Esprit-Saint, la Puissance du Très-Haut.
* à Bethléem
- elle accepte l'aide de Joseph, des bergers, des mages, elle écoute le récit de leur mise en route.
- elle répond aussi à leur désir de voir l'enfant car Il ne lui appartient pas
* à la Croix
- elle reste debout -- elle accepte de prendre Jean comme son fils : quand on est la mère de Jésus, qui peut remplacer un tel fils ?
- elle accepte le soutien de Jean.
4 . En résumé.
Il arrive parfois que des événements douloureux nous déstabilisent, que certaines nouvelles nous assomment Quand nous voyons le mal à l' oeuvre, des questions assaillent notre esprit : Dieu ne peut-il donc rien faire ? Ne peut-il pas empêcher le mal ?
Comment doit réagir un chrétien ?
1. Faire un acte de foi.
Passé notre première réaction d'indignation ou de révolte, d'incompréhension ou de découragement, il faut se dire que DIEU A LES MOYENS DE TRANSFORMER UN MALHEUR EN GRACES. La preuve : la liturgie va jusqu'à chanter : O bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur. Un proverbe dit : Quand le diable jette des pierres contre l'église, les anges les ramassent pour continuer la construction.
Une maman raconte : Ce soir-là, mon coeur est lourd, mon corps pesant. J'entre dans la chambre de Céline à l'heure où elle s'endort pour l'embrasser.
- Tu sais, maman, une croix (Aurait-elle perçu ce que je vis ? Mes pensées défilent plus vite que ses mots. Une croix, oui, je sais)
- Une croix, c'est une fenêtre. ?
- Tu ne comprends pas. Regarde, maman.
Ma petite fille -- 4 ans -, qui ne sait pas écrire mais seulement dessiner, s'assied sur son lit, prend un stylo-feutre et un papier pour m'aider à voir. Elle trace une croix et l'entoure d'un carré. -
Tu vois, maman, une croix, c'est une fenêtre.
Mon corps s'allège comme l'éclair, mon coeur à nouveau bat à l'endroit.
- Ce que tu me dis est merveilleux. Je l'écrirai dans mon cahier pour te le redire quand tu seras grande. Et ma petite fille, déjà si grande, qui ne s'embarrasse pas avec la subtilité des verbes irréguliers, me répond l'air très assuré :
- Ce n'est pas la peine, maman. Je le sauverai toujours.
2. Rechercher les grâces que Dieu nous envoie dans cette situation.
La sagesse populaire le dit : Dieu n'abandonne jamais des deux mains
Mais il nous faut être très vigilants car notre regard est facilement déformé. Il voit plus volontiers le mal que le bien. Or, il y a un mystère bien plus grand que le mystère du mal, c'est le mystère du bien.
En 1968, en plein dans la tourmente, c'est le cardinal François Marty, originaire de l'Aveyron qui était archevêque de la capitale. Dans Paris la gigantesque, le paysan intuitif pressentait qu'il lui faudrait compter avec le temps. Sa force s'articulait sur la patience du rural qui fait confiance aux lentes germinations. Quand des barricades furent érigées dans les rues dépavées du Quartier latin, il observa :
Les pans de murs qui s'écroulent font plus de bruit que le blé qui pousse
3. Entendre les appels que Dieu nous lance à cette occasion.
Quand on nous annonce le salut de Dieu, nous rêvons de gloire et d'honneurs, d'être reçus dans un somptueux palais royal, mais c'est lui, le roi, qui vient à nous dans notre pauvreté, dans notre misère, dans nos détresses. Nous sommes d'abord gênés de le recevoir dans cet état. Nous sommes ensuite déçus de ce que par sa venue, tout ne soit pas changé comme par un coup de baguette magique et que nous ayons encore à nous débattre avec nos difficultés et que nous connaissions encore des malheurs. Mais sa venue doit d'abord nous changer. S'il vient à nous pour être notre roi, celui qui veut être le maître absolu de notre vie, cela signifie aussi que nous devons faire de la place pour l'accueillir et nous débarrasser de tous les rois auxquels nous sommes habituellement asservis.
Le Sauveur vient aussi pour moi. Il faudrait dire qu'il vient d'abord et surtout pour moi. André Frossard disait malicieusement : Nous n'avons aucune preuve scientifique du péché originel sauf quand on se regarde dans une glace . C'est vrai : nous souffrons tous, comme dit le psaume 19 (verset 3) d'un mal secret. Pour nous en débarrasser, il faut que Dieu nous le montre, ce mal secret Il le fait d'une manière très simple quand nous disons : Tu as vu l'autre comme il est ? C'est un égoïste, il est coléreux, tu as vu comment il se comporte avec sa femme, tu as vu comment il se comporte avec ses enfants, il est complètement possessif, c'est normal que ses enfants soient comme ça, tu as vu. Et puis tu as vu l'autre là, mais ce n'est pas possible, c'est un orgueilleux.
Observez :
quand on montre du doigt quelqu'un, il y a un doigt qui montre la personne et trois qui nous montrent nous
. Alors c'est toujours très utile de le reprendre pour moi. Quand je vois quelque chose chez un autre, eh bien tout de suite je dois me dire : C'est peut-être trois fois pire chez moi, mais je ne me rends pas compte. Si Dieu m'a permis de voir chez l'autre un défaut, un péché caché, une petite faiblesse, peut-être qu'elle est chez moi à la puissance trois. Il m'a montré ça chez mon frère, pour que je la découvre chez moi .
4. Décider résolument de collaborer avec Dieu.
Noël nous apprend que le moyen que Dieu a choisi pour nous sauver est génial parce que tout le monde peut collaborer : si des bergers, les derniers dans l'échelle sociale de l'époque, ont pu le faire, n'importe qui peut participer à l'oeuvre de Dieu. Certains sont de la spiritualité de la goutte d'eau dans l'océan : ils disent : Que vous la mettiez ou que vous ne la mettiez pas, le niveau ne change pas . Il vaut mieux être de la spiritualité de l'étincelle : elle suffit à embraser des centaines d'hectares de forêt.
Le Père Mansour Labaky est un prêtre libanais, écrivain, auteur-compositeur-interprète, et fondateur d'une maison pour les orphelins de la guerre ; au cours d'un conférence à Saint-Étienne, il a raconté avec émotion ce que sa maman avait imaginé quand il était au séminaire : elle avait énormément de travail et de souci (Et dans une maison, il y a beaucoup de tâches difficiles et même désagréables). Quand elle faisait quelque chose qui lui coûtait, elle déposait un grain de blé dans un bocal. La veille du jour où Mansour a été ordonné prêtre, elle a moulu ces centaines de grains de blé, elle a pétri la pâte et elle en a fabriqué les hosties qui ont servi à la première messe de son fils prêtre. Tous ses efforts, ses sacrifices sont devenus le Pain de Dieu, le Corps du Christ
Dieu est Providence. La Providence, c'est comme la vie. Rien n'a arrêté la vie, ni la peste, ni le choléra. Le sida ne l'arrêtera pas non plus. La Providence ne se laissera arrêter par rien ni personne.
Rappelons-nous que nous collaborons à la Providence non pas tellement par les oeuvres mais surtout par la foi. Nous sommes reliés au Seigneur par la foi et non par les oeuvres qu'il nous donne de faire. Aussi longtemps que nous attacherons plus d'importance à nos oeuvres qu'à la chanson que Dieu attend de nous au milieu de nos oeuvres, nous n'accomplirons pas sa volonté, nous ne réjouirons pas pleinement son coeur.
5. CROISSANCE.
Quel est le rêve d'une chenille ? C'est de devenir la plus grosse de toutes les chenilles. La pôvre ! Elle n'a rien compris. Sa destinée c'est de devenir un papillon. Mais il lui faudra muer trois fois, entrer en chrysalide et en sortir. Cela n'ira pas sans renoncement, sans souffrance.
Un petit enfant de choeur qui veut devenir prêtre c'est très beau. Mais le petit enfant de choeur, il faudra qu'il comprenne qu'un prêtre ce n'est pas un gros enfant de choeur Pour faire un prêtre, il faut beaucoup de temps, 7 ans de séminaire et puis des crises, des renoncements, des passages douloureux.
Les petites filles aiment beaucoup jouer avec les chaussures de leur maman. C'est très touchant. Mais il faudra que la petite fille comprenne qu'une maman, c'est pas une grosse petite fille. Un jour elle sera une belle maman mais il aura fallu l'adolescence, les hésitations, les fiançailles, les doutes, le mariage, l'enfantement, beaucoup de pleurs, de soucis, de crises surmontées
A ce moment-là, vous avez une Simone de Beauvoir qui dit : Si Dieu existait, ces choses-là n'arriveraient pas Mais Dieu n'est pas une drogue à notre disposition. Il est un Père qui nous élève vers Lui. Par son Fils, avec Lui et et en Lui.
3. Quelques textes ou suggestions pour poursuivre la réflexion :
1.Extrait de Elisabeth Catez ou l'obsession de Dieu (Didier Decoin, prix Goncourt pour son roman John l'enfer converti grâce à une image de la jeune carmélite, Elisabeth de la Trinité sur le présentoir au fond d'une église).
Je ne suis pas celui que vous croyez, dit Dieu, je ne me permets pas de divaguer dans vos enclos, je ne suis pas un voleur de liberté comme il y a des voleurs de poules. Beaucoup d'entre vous parlent en mon nom, dit Dieu, mais moi je ne parle pas en votre nom, je vous respecte trop pour cela, et tout ce que je fais c'est d'envoyer mon Fils mourir en votre nom, mourir dans un tel silence qu'on entendait rouler les dés des soldats qui se partageaient ses pauvres vêtements raides de poussière, de sueur et de sang. Mais ça, dit Dieu, cet esclave livide et gris, cloué, cet esclave qui vous a tant aimés, et même qui n'a aimé que vous, c'est quelque chose qui ne vous dit rien, c'est quelqu'un devant qui vous passez sans lever les yeux. Ce n'est pas cela que vous voulez de moi, ce n'est pas ce maigre petit juif et dérisoire, ce pauvre garçon presque nu, ce supplicié misérable que vous attendez de moi. Vous voulez que j'arrête vos guerres, que je fasse sauter vos procès-verbaux, que j'empêche les bébés tortues d'être dévorés par les frégates et les cormorans avant d'avoir atteint la mer. Vous ne comprenez donc pas, dit Dieu, que je vous ai déjà tout donné ? Vous ne savez donc pas comme les Ténèbres ont tremblé quand mon Enfant s'est abandonné tout à fait, au point extrême de me demander, à moi, pourquoi je l'avais abandonné ? Vous avez donc oublié que mon bel Enfant déchiré avait, à son tour, déchiqueté la mort ? Et qu'il avait surgi du trou ignoble en vous tirant derrière lui ? Que voulez-vous de plus stupéfiant que mon faible agneau sanguinolent traînant le char immense ou vous êtes tous blottis ? Je vous avais créés, il vous a recréés.
Deux fois Dieu font l'homme,
dit Dieu.
2. Réflexion de Nicolas Buttet, jeune ermite suisse :
Chaque minute 23 enfants meurent de faim dans le monde. Durant la même minute on dépense plus d'un million de dollars (c'est-à-dire à peu près 10 millions de francs français je crois) pour acheter des fusils et des canons. Et quand les gens me disent : Pourquoi Dieu permet-il que 23 enfants meurent de faim dans le monde ?
Je dis : Mais Dieu nous a donné un million de dollars, cela ne vous suffit pas pour nourrir 23 enfants ?
Alors, il faut le dire à Dieu parce qu'il a un intendant et il sait plus ou moins les trucs mais il peut se tromper dans les calculs. Alors s'il n'y a pas assez il va nous donner tout ce qu'il faut pour nourrir tous ces enfants, ça c'est sûr. Il ne fait pas de statistique Dieu, chacun est unique, chacun est irremplaçable. Et Jean Claude Chainais le Directeur du Centre de Recherche Démographique ici en France disait : La terre a de quoi nourrir 40 milliards d'habitants . Donc Dieu a donné tout ce qu'il fallait. Si avec 10 millions de francs on n'a pas assez pour nourrir 23 enfants, Dieu n'a pas à nous donner plus. Mais d'après les calculs c'est assez. Simplement il faudrait utiliser cet argent pour la gloire de Dieu, pour le service de nos frères et soeurs. Le monde a besoin véritablement de ce renouveau spirituel, de retrouver une boussole et non pas des idéologies qui se confrontent.
3. Suzanne Fouché avait demandé à Paul Claudel de parler aux grands allongés de Berck, immobilisés dans leur plâtre. Paul Claudel leur a écrit :
Une question continuelle est présente à l'esprit du malade : Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Les autres marchent, pourquoi est-ce que je suis immobile ? Les autres rient, courent, travaillent, jouissent de ce beau et vaste monde, suivent un chemin et une carrière, produisent une uvre, élèvent une famille, s'occupent parmi leurs semblables à une quantité de choses utiles et délicieuses. Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Pourquoi est-ce que j'ai été mis de côté, impuissant, inutile, étendu depuis le matin jusqu'au soir, pendant des jours et des mois et des années, sur ma même couche, en compagnie d'événements minuscules et de cette matière du temps dont les normaux ne s'aperçoivent même pas ? Pourquoi est-ce que j'ai été choisi ? Qu'est-ce qui m'a valu cette désignation nominale, cette élection au rôle de passif, et l'épinglement au rideau de mon lit de ce programme de tortures à épuiser qui est mon lot, paraît-il, et la chose pour quoi je suis né ?
A cette question terrible, la plus ancienne de l'Humanité, et à laquelle Job a donné sa forme quasi officielle et liturgique, Dieu seul, directement interpellé et mis en demeure, était en état de répondre, et l'interrogatoire était si énorme que le Verbe seul pouvait le remplir en fournissant non pas une explication, mais remplir, c'est-à-dire remplacer par ma présence le besoin même de l'explication. Le Fils de Dieu n'est pas venu pour détruire la souffrance, mais pour souffrir avec nous. Il n'est pas venu pour détruire la croix, mais pour s'étendre dessus. De tous les privilèges spécifiques de l'Humanité, c'est celui-là qu'Il a choisi pour Lui-même, c'est du côté de la mort qu'Il nous a appris qu'était le chemin de la sortie et la possibilité de la transformation.